L'air autour de lui était plein d'électricité statique. Le sol brûlait sous ses pas. Des perles d'acide volaient de ses mains tandis qu'il faisait les cent pas dans son bureau, situé au plus haut de la bibliothèque de la citadelle. L'humidité se condensait au contact de son souffle gelé, et flottait doucement vers le sol tel de la neige.
« C'est inconcevable ! » cria Gaerlan à la pièce vide.
Le troisième crystal était tombé, détruit par la vermine isparienne. Il avait ressenti le pouvoir qui l'avait nourrit se rediriger vers un autre endroit, là où le rituel qui devait invoquer le Messager avaient échoué.
« Ces imbéciles causeront la destruction du monde, » cria-t-il, au travers de la bibliothèque, « la destruction du monde ... du monde ... monde ... » répéta l'écho.
Des centaines d'années d'effort étaient réduites à néant devant ses yeux. Quand il avait trouvé la citadelle, ce temple avait été en sommeil pour des siècles. Il avait su qu'elle serait l'instrument de son ascension. Le destin qu'il savait être le sien commencerait ici. Il l'avait ressenti au plus profond de lui-même, et savait qu'il était prédestiné à la trouver. Rien ne pourrait empêcher son destin de se réaliser, pas même la prison entre les mondes auquel Asheron avait condamné leur peuple.
Après que Martine l'ai fait revenir par accident dans ce monde, Gaerlan avait été sûr - c'était tellement évidant - que l'histoire était en marche derrière lui. Chaque pièce du puzzle qu'il avait manipulé était tombée exactement à sa place ... Cet imbécile de Martine, regrettant la vie qu'il avait laissé derrière lui, poussé plus avant dans la folie ... Nuhmudira, sa dévotion absolue à son peuple si facile à dévier en une voie repoussante même pour les barbares qui étaient ses pairs ... La reine des vermines à l'esprit faible, si facile à manipuler, l'outil qui avait exposé Asheron à l'assaut de Martine. Il les avait artistement placés les uns à côté des autres, presque comme s'il jouait à un jeu. Sa vengeance, son ascension ... était passé très près, tellement près.
Maintenant, il allait choir, le monde serait consumé par les forces magiques libérées par la vermine, et Asheron n'aurait jamais à payer pour ses crimes.
« Je refuse de le croire ; il ne peut en être ainsi ! » dit il tandis qu'il passait un angle dans sa marche furibonde.
« Il ne peut en être ainsi ... en être ainsi ... ainsi ... »
La citadelle et sa bibliothèque ancienne, construite par la cabale élémentaliste de morts-vivants, avaient été ses outils. Il s'était dévoué à l'usage des magies découvertes ici, à l'utilisation de ce que ces abominations avaient créé pour défendre le Thrône d'Azur. Pourquoi, maintenant que ses plans étaient au plus proche de la réussite, faillait-il que tout s'écroule autour de lui ? Quelle erreur avait-il commise ? Que n'avait-il pas fait de la bonne manière ?
« J'ai tout fait à la perfection ! »
« Tout fait à la perfection ... à la perfection ... perfection... »
Bien que cette magie était née de ceux qui s'était opposes au Thrône, entre ses mains expertes elle était devenue une arme au service de la Couronne. Elle aurait été pour lui le moyen de s'élever à un haut rang au sein de l'empire. Peut être même le moyen de réclamer le Thrône ! Quel avait été son faux pas ?
Une pensée lui vint, et il marqua une pause dans sa marche forcenée. Peut être qu'Asheron n'était pas l'idiot qu'il avait cru. Ce pourrait-il que le secret de la longévité d'Asheron, secret que Gaerlan avait découvert il y a bien longtemps, soit un signe de son acoquinement avec ceux qui avaient rejeté la Lumière, les haïssables morts-vivants ? Oui, les morts-vivants étaient des êtres infames qui tentaient de manipuler et de contrôler ceux qui vivaient. Asheron était la cause de tout cela !
Oui ! Oui ! L'intervention d'Asheron avait commencé alors que Gaerlan et son frère étaient arrivés pour la première fois au Lycéum de Knorr, l'académie d'études magiques d'Asheron. Asheron avait du reconnaître les capacités innées de Gaerlan, et prendre la décision de tout faire pour les inhiber. C'est pourquoi son frère Delacim avait été autant estimé, tandis qu'il avait été quasiment ignoré. Asheron avait interféré dans la vie de Gaerlan, jusqu'à utiliser son propre frère contre lui. Et quand son frère avait cessé de lui être utile, Asheron s'était arrangé pour le faire tuer. Asheron était derrière tous les problèmes qui avaient mis ses plans en échec, et maintenant, il allait causer la fin du monde.
« Je ne suis pas encore vaincu ! » hurla-t-il, des postillons gelés se brisant sur le sol.
« Pas encore vaincu ... encore vaincu ... vaincu ... » lui répondit l'écho, entre les murs de la bibliothèque.
Il allait renforcer la garde du dernier cristal. Il le rendrait inaccessible à ceux qui étaient protégés par la magie corruptrice d'Asheron. Gaerlan allait concentrer toute l'énergie qu'il lui restait à cette endroit et l'y maintenir. Il résisterait aux serviteurs d'Asheron. Il avait suffisamment de pouvoir pour les éliminer de la face de Dereth. La vermine avait déjà eu un avant goût de sa puissance, lorsque ses armées les avaient assiégés pendant des semaines. Cependant, maintenant, avec le cristal qu'il restait, le cristal qu'il allait protéger, Gaerlan allait purifier par le feu toute la surface de la planète. L'infestation, la corruption amenée dans ce monde par Asheron, disparaîtrait à jamais. Peut-être qu'un fond de pitié l'avait handicapé auparavant, le retenant d'utiliser toute sa force contre eux.
Il se sourit à lui-même en pensant au souvenir que les générations futures garderaient de cette époque. Ils y verraient le tournant entre le moment le plus tragique et celui où il s'élèverait contre l'adversité que représentait le monde. Oui, ces futurs Empyréens verraient ce moment comme leur retour au pouvoir, quand le plus grand de leur chefs vaincrait Asheron et les mènerait vers un futur glorieux.
Il n'échouerait pas, il ne chuterait pas. La corruption et l'ingérence d'Asheron seraient vaincues. Il aurait sa vengeance sur cet homme. Asheron paierait pour le meurtre de Delacim, le massacre de son peuple et la quasi-destruction du monde lui-même.
Il releva la tête vers le plafond et rugit , « Asheron ! Je verrais la réalisation de cette vision ! »
La chambre résonna pendant plusieurs minutes avec l'écho de son rire, plus vint le silence.
